Injections de fer à domicile pendant la grossesse
Série « Est-ce que c’est possible en HAD ? » – Épisode 4
Oui, les injections de fer pendant les 2e et 3e trimestre de la grossesse peuvent se faire à domicile, si le domicile peut accueillir les mêmes professionnels et matériels qu’en milieu hospitalier. C’est le cas en Hospitalisation À Domicile ante-partum. Une procédure sûre pour la mère et l’enfant à naître, avec des professionnels formés pour intervenir en respectant le rythme de chacun et le confort du foyer familial.
Explications avec le Dr Christelle Besnard-Charvet, gynécologue-obstétricienne, médecin praticien en HAD.
Pourquoi réaliser des injections de fer pendant la grossesse ?
Le fer intervient entre autres dans le processus de division cellulaire, dans le bon fonctionnement de certaines enzymes digestives et dans la circulation de l’oxygène dans l’organisme. En effet, le fer est la molécule qui permet à l’oxygène de se fixer à l’hémoglobine des globules rouges pour que ces derniers le transportent dans tout le corps.
L’anémie ferriprive, baisse du taux d’hémoglobine due à une carence en fer, est donc une pathologie fréquente chez la femme enceinte, car son organisme et notamment son système sanguin sont particulièrement sollicités. Le sang doit en effet apporter oxygène, hormones, anticorps et nutriments aux muscles et organes de la mère, à l’utérus qui travaille et au(x) fœtus. Le risque d’anémie ferriprive est d’ailleurs plus élevé en cas de grossesse multiple (jumeaux, triplés, …), puisque chaque fœtus a ses besoins, avec parfois son propre placenta et poche amniotique. Autant de cellules à fabriquer, à alimenter et de poids à transporter…
Symptômes d’un manque de fer
Les symptômes d’une anémie ferriprive peuvent être
- une fatigue importante, récurrente ou persistante,
- des essoufflements fréquents,
- des vertiges,
- une pâleur,
- des accès de tachycardie (pouls anormalement rapide).
Impact de l’anémie
Cette anémie pendant la grossesse peut entraîner des conséquences graves sur la santé de la maman, et sur celle du futur bébé :
- Risque de chute et de blessure pendant la grossesse
- Développement anormal du fœtus (et notamment de son cerveau)
- Enfant naissant avec des carences ou une anémie
- Accouchement prématuré
- Difficultés de coagulation et cicatrisation lors de l’accouchement et après
- Risque plus élevé d’infection durant et après la grossesse
Aussi, le dépistage de l’anémie pendant la grossesse est systématique au 6e mois. Une prise de sang permet de connaître le dosage de l’hémoglobine et de la ferritinémie (réserve en fer).
Traitements
Le traitement de l’anémie repose généralement sur la prise de fer par voie orale. Mais celle-ci est souvent mal tolérée sur le plan digestif : nausées, douleurs abdominales, constipation, diarrhée… Par conséquent, il est conseillé de prescrire du fer par voie injectable
- lorsque l’anémie est sévère,
- en cas de malabsorption ou d’intolérance du fer par voie orale
- et/ou en cas de nécessité de correction rapide de l’anémie (par exemple en fin de grossesse).
Le fer injectable a une efficacité démontrée rapide sur le taux d’hémoglobine et est mieux toléré que le fer par voie orale. Cette prise en charge permet aussi de réduire le risque de transfusion après la naissance.
Pourquoi l’injection doit-elle être faite en milieu hospitalier ?
L’injection de fer doit être faite par un professionnel de santé formé à la technique, avec les équipements de perfusion et de surveillance adéquats. La surveillance de la mère et du bébé est d’ailleurs obligatoire pendant toute la durée de la perfusion (environ 30 minutes) et durant les 20 minutes qui suivent, pour dépister d’éventuels effets secondaires, en général mineurs.
- Nausées
- Maux de tête
- Hypertension
- Bouffées de chaleur
- Réaction cutanée
- Douleurs osseuses, musculaires ou articulaires
- Difficultés respiratoires
Si le risque allergique est rare, il nécessite toutefois un arrêt immédiat de la perfusion et une prise en charge adaptée : antihistaminique, bronchodilatateur, oxygénothérapie, adrénaline, … en fonction de la gravité de la réaction.
Le protocole à domicile
Les injections de fer dans les 2e et 3e trimestres de la grossesse sont possibles à domicile quand elles sont réalisées par un établissement d’Hospitalisation À Domicile autorisé, ce qui est le cas de l’HAD de Soins et Santé mention ante et post-partum.
Elles dépendent d’une prescription médicale, émise par le médecin gynécologue et/ou hospitalier de la patiente à l’attention du médecin de l’HAD qui évalue la faisabilité du protocole au domicile et, le cas échéant, fixe les jours et heures de perfusion avec la patiente.
Le jour dit, une sage-femme de l’HAD formée à l’injection du fer se rend au domicile. Elle commence par réaliser un monitoring du rythme cardiaque du fœtus (si nécessaire en fonction de l’âge de la grossesse) pendant 20 minutes. Elle pose ensuite un cathéter qui permettra d’administrer la solution de fer. Comme à l’hôpital avec hébergement, la perfusion dure environ 30 minutes avec une surveillance continue de la tension, du pouls, de la température et de la survenue d’éventuels symptômes. Le monitoring et la surveillance de la maman sont ensuite poursuivis pendant 20 minutes après la fin de la perfusion.


En cas de réaction indésirable, la sage-femme interrompt immédiatement la perfusion si celle-ci n’est pas déjà terminée et administre les traitements qui peuvent contrer ces effets secondaires.
Avantages des injections de fer à domicile
Le protocole d’injections de fer à domicile comporte de nombreux avantages.
Pour la patiente :
- Elle choisit le moment qui lui convient le mieux.
- Pas de déplacement et de fatigue liée à ce déplacement.
- Le confort et l’intimité de son domicile.
- La sage-femme détachée pour la réalisation de l’injection de fer ne s’occupe que de cette patiente pendant toute la durée de l’intervention.
Pour le système de santé :
- Cela permet d’éviter l’immobilisation d’un lit d’hôpital et du temps d’occupation d’une sage-femme dans les maternités.
- Le coût de la prestation est moins élevé en HAD qu’en hospitalisation avec établissement, tout en restant sûre et efficace.
Globalement, il permet d’éviter les défauts de soins par manque de disponibilité ou de mobilité des patientes, nos équipes d’HAD s’adaptant et se déplaçant en fonction des besoins.
« Les patientes apprécient le temps que nous passons à leur domicile pour réaliser cette perfusion. Elles ne doivent pas s’habiller, sortir et se rendre à l’hôpital alors qu’elles sont souvent fatiguées et présentent parfois d’autres symptômes liés à une anémie sévère et/ou à leur grossesse. Là, depuis leur canapé ou leur lit, nous pouvons les soigner avec le même matériel, les mêmes produits et la même qualité de soins qu’à la maternité. »
Laetitia Cantero, sage-femme Soins et Santé
Vous êtes un soignant qui accompagnez des femmes durant la grossesse, ou une femme enceinte désireuse d’en savoir davantage sur les possibilités de l’Hospitalisation À Domicile ?
Et pour toute information complémentaire ou demande de prise en charge, contactez nous à antepostpartum@hadlyon.asso.fr